Dədə Qorqud – İncəbellim

İncədonlum, yer basmayıb yeriyən,
Başım baxtı, evim taxtı, sevgilim!

Evdən çıxıb yüyürəndə sərviboylum,
Badam yesə, boylu görünən incəbellim

Topuğunda sarmaşanda qara saçlım.

Qoşa badam sığmayan dar ağızlım,
Qar üstündə qan dammıştək al yanaqlım.

Evdən çıxıb yüyürəndə sərviboylum,
Badam yesə, boylu görünən incəbellim

Topuğunda sarmaşanda qara saçlım.

İncədonlum, yer basmayıb yeriyən,
Başım baxtı, evim taxtı, sevgilim!

Evdən çıxıb yüyürəndə sərviboylum,
Badam yesə, boylu görünən incəbellim

Topuğunda sarmaşanda qara saçlım.

Sevgilim, gözelim, dodaqlım.
Bəstəkar: Emin Sabitoğlu

Kitabi -Dədə Qorqud

Dədə Qorqud4

Kitabi -Dədə Qorqud haqqında ilk dəfə alman alimi F.Dits məlumat vermiş və “Təpəgöz” boyunu alman dilinə tərcüməsi ilə dərc etdirmişdir (1815). T.Nöldeke əsəri Drezden nüsxəsi əsasında çapa hazırlamaq istəmişdir. V.V.Bartold 1894-1904-cü illərdə əsərin 4 boyunu rus dilinə çevirərək çap etdirmişdir. O, 1922-ci ildə dastanın tam tərcüməsini başa çatdırmışdır; həmin tərcümə 1950-ci ildə Bakıda (H.Araslı və M.Təhmasibin redaktəsi ilə), 1962-ci ildə isə Moskvada nəşr olunmuşdur.
1952-ci ildə E.Rossi Vatikan kitabxanasında əsərin yeni bir nüsxəsini tapıb italyanca tərcüməsi ilə birlikdə nəşr etdirmişdir. “Kitabi-Dədə Qorqud” Türkiyədə ilk dəfə 1916-cı ildə Kilisli Müəllim Rifət, Azərbaycanda isə 1939-cu ildə akademik H.Araslı tərəfindən nəşr olunmuşdur. Sonralar əsər ingilis, alman və fars dillərinə tərcümə edilmiş, İngiltərədə, İsveçrədə, ABŞ-da və İranda çapdan çıxmışdır. 1951-ci ildə “Kitabi-Dədə Qorqud” Azərbaycanda və Türkmənistanda “xalq düşməni” elan edilərək oxunması yasaqlanmış, Azərbaycanda 1957-ci, Türkmənistanda 1980-ci ildə bəraət qazanmışdır.

Dədə Qorqud

Dizin basıb oturanda halal görklü,
Dölümündən ağarsa, baba görklü.
Ağ südün doya əmizsə, ana görklü,
Yanaşıb yola girəndə qara buğur görklü.
Uzunca tənəfi görklü.
Oğul görklü…”
../..
Ağız açıb ögər olsam, üstümüzdə Tanrı görklü,
Tanrı dostu, din sərvəri Məhəmməd görklü.
Məhəmmədin sağ yanında namaz qılan
Əbubəkr Siddiq görklü,
Axır separə başıdır, “Əmmə” görklü,
Hecasinləyin, düz oqunsa, “Yasin” görklü
Qılıc çaldı, din açdı, Şahmərdan Əli görklü,
Əlinin oğulları, peyğəmbər nəvələri.
Kərbəla yazısında Yezidin əlində şəhid oldu
Həsənlə Hüseyn iki qardaş bilə görklü.
Yazılıb-düzülüb gögdən endi,
Tanrı elmi “Quran” görklü,
Ol “Quran”ı yazdı-düzdü,
üləmalar ögrənincə köbədi-biçdi
alimlər sərvəri Osman Üffan oğlu görklü.
Alçaq yerdə yapılıbdır, Tanrı evi Məkkə görklü,
Ol Məkkəyə sağ varsa, əsən gəlsə,
Sidqi bütün hacı görklü.
Sağış günündә ayna görklü,
Ayna günü oquyanda xütbә görklü.
Qulag asıb dinləyəndə ümmət görklü,
Minarədə banlayanda fəgi görklü…
Qamusuna bənzəmədi,
cümlə aləmləri yaradan Allah-Tanrı görklü
Ol öyüdüm Tanrı dost oluban mədəd irsün,
xanım, hey!..
../..

Dədə Qorqud

“Allah, Allah deməyincə işlər onmaz,
Qadir Tanrı verməyincə ər bayımaz.
Əzəldən yazılmasa, qul başına qəza gəlməz,
Əcəl vədə irməyincə kimsə ölməz.
Çıxan can gerü gəlməz.
Bir yigidin qara dağ yumurusunca malı olsa,
yığar, dirər, tələb eylər.
Nəsibindən artığın yiyə bilməz.
Ulaşıban sular daşsa, dəniz dolmaz,
Təkəbbürlük eyləyəni Tanrı sevməz…”

Un conte Turc de Dèdè Korkut

LE CONTE DE KHAN BOGAÇ (1), FILS DE KHAN DIRSE

Traduction Mesut BULUT,
Maître de conférence à l’Université de Mersin, Faculté de la communication – TURQUIE et Willy bakeroot.

Les contes de Dèdè KORKUT ont trouvé corps au 13eme siècle chez les Turkmen (Oguz musulmans) qui se sont installés au nord-est de l’Anatolie.
On suppose que ces contes ont passé à l’écriture au 15eme siècle.
Seyyid Ahmed Ben Seyyid Hassan aurait été le premier à les écrire dans ses cahiers (defteri).
En 1916, ils furent édités en langue arabe par un turc : Rifat KILISLI.
Ettore ROSSI les publia en italien en 1938.
On les appelle “Contes de Dèdè KORKUT” parce ce personnage intervient toujours dans les contes et les termine avec une prière.
On retrouvera ce conte – ainsi que d’autres contes de la Geste Oghuz – dans une traduction d’Altan Gokalp – in “Le livre de Dede Korkut” Coll. L’aube des peuples, Éd. Gallimard. 1998.

Un jour Khan Bayindir, fils de Kam Gan, se leva, fit monter sa tente en Damas sur le monde. Son dais panaché montait vers le ciel. En mille endroits le sol était décoré de tapis de soie.
Le Khan des Khan, Khan Bayndir, donnait un festin une fois l’an et réunissait les Beys Oguz (2) . Une fois de plus il donna un festin et fit abattre des étalons, des chameaux et des béliers. Il fit monter une tente blanche, une tente rouge, une tente noire en différents endroits.
“ Celui qui a un fils, placez-le dans la tente blanche, celui qui a une fille, placez-le dans la tente rouge, celui qui n’a ni fils ni fille, placez-le dans la tente noire et mettez-le sur le tapis de feutre noir, apportez-lui la fricassée de mouton noir, s’il veut manger, qu’il la mange, sinon qu’il s’en aille; celui qui n’a ni fils ni fille est maudit par Dieu et nous le maudissons aussi, qu’il le sache.” dit-il.
Les Beys Oguz commencèrent à venir un par un et se réunirent. Alors l’un d’entre eux appelé Bey Dirse, et qui n’avait ni fils ni fille, se mit à parler !
Voyons ce qu’il dit :
“ Quand les vents frais de l’aurore commencent à siffler
“ Quand l’alouette barbue grise commence à chanter
“ Quand le Muezzin à longue barbe commence à appeler
“ Quand les chevaux bédévi hennissent en voyant leurs maîtres
“ Au moment où l’on distingue le jour de la nuit
“ Quand le soleil caresse à peine le flanc des belles montagnes
“ Au moment où les braves Beys et les héros s’assemblent
Tôt le matin, Khan Dirse se réveilla, il se leva et, accompagné de ses quarantes braves, il alla à l’assemblée du Khan Bayindir.
Les braves de Khan Bayindir accueillirent Khan Dirse, ils le menèrent dans la tente noire, l’assirent sur le tapis en feutre noir et lui servirent de la fricassée de mouton noir.
– C’est l’ordre de Khan Bayindir, dirent-ils !
Khan Dirse les interrogea.
– Quelle faute Khan Bayindir a-t-il vu en moi ? A-t-il vu une faute à mon épée ? A-t-il vu une faute à ma table ? Pourquoi m’a-t-il mis dans la tente noire alors qu’il a placé des gens moins honorables que moi dans la tente rouge ou dans la tente blanche ? Quelle a été ma faute ?
Ils lui répondirent :
– Khan, aujourd’hui, Khan Bayindir a dit : “ Celui qui n’a ni fils ni fille est maudit par Dieu. Nous le maudissons aussi !”
Khan Dirsè se redressa tout à coup et dit :
– Debout mes braves, levez-vous de votre place. La honte noire vient de moi ou de ma femme !
Puis Khan Dirsè rentra chez lui. Il appela sa femme et parla !
Retour
Voyons ce qu’il dit
“ Viens ici ma destinée, trône de ma maison
“ Quand tu marches en sortant de la maison, mon amour, tu es élancée comme un cyprès
“ Tes cheveux noirs s’entortillent autour de tes chevilles
“ Tes sourcils froncés ressemblent à un arc tendu
“ Tu as une si petite bouche qu’une double amande ne peut y pénétrer
“ Tes joues sont semblables aux pommes de l’automne
“ Ma femme, pilier de ma maison, toi qui engendre mes enfants !
Vois ce qui s’est passé ! Khan Bayindir avait fait monter une tente blanche, une tente rouge et une tente noire.
Il paraît qu’il a dit :
– Celui qui a un fils, placez-le dans la tente blanche, celui qui a une fille, placez-le dans la tente rouge, celui qui n’a ni fils ni fille, placez-le dans la tente noire et mettez-le sur le tapis de feutre noir, apportez-lui la fricassée de mouton noir, s’il veut manger, qu’il la mange, sinon qu’il s’en aille; celui qui n’a ni fils ni fille est maudit par Dieu et nous le maudissons aussi, qu’il le sache.”
Est-ce ta faute ou ma faute ?
Dieu ne nous donne pas de fils ! Pourquoi ?
Il dit avec colère à sa femme :
Fille de Khan, veux-tu que je me lève ?
Veux-tu que je te serre le cou et le col de ton corsage ?
Veux-tu que je te jette sous mes talons ?
Veux-tu que je prenne en main mon épée d’acier noir ?
Veux-tu que je sépare la tête de ton corps ?
Veux-tu que je te fasse savoir combien la vie est savoureuse ?
Veux-tu que je fasse couler ton sang rouge sur la terre ?
Fille de Khan,
quelle est la cause de notre malheur, dis-moi ?
Désormais, ma colère sera terrible envers toi.
En entendant çà, la femme de Khan Dirsè se chagrina, ses yeux noirs et bridés se remplirent de larmes et de sang. Elle répondit :
– Mon Khan ! Ce n’est ni de toi ni de moi, c’est la volonté de Dieu qui est au-dessus de nous. Oh ! Khan Dirsè, ne te fâche pas contre moi, ne m’injurie pas, ne te froisse pas, lève-toi, fais monter ta tente panachée, fais abattre des étalons, des chameaux, des béliers. Réunis les Beys Iç-Oguz et Dis-Oguz. Si tu vois un affamé, rassasie-le; si tu vois un homme nu, habille-le. Remet au débiteur sa dette, amoncèle la viande en colline, que le kimiz (3) s’écoule comme un lac. Donne un grand festin, fais un voeu. Peut-être que grâce à la prière de l’un d’entre eux, Dieu nous donnera un fils !
Khan Dirsè, entendant les paroles de sa bien aimée , donna un grand festin et fit un voeu.
Il fit abattre des béliers, des étalons, des chameaux. Il réunit les Beys Iç-Oguz Dis-Oguz (4). Quand il vit un affamé il le rassasia, voyant un homme nu il l’habilla, il remit au débiteur sa dette, il fit amonceler de la viande, il fit couler du kimiz comme un lac. On leva les mains au ciel et on pria. Aux prières de l’une de ces bonnes gens, Dieu accorda un enfant à la femme qui se trouva enceinte.
Après un certain temps, elle mit au monde un garçon. Elle le donna aux nourrices.
Le pied du cheval est rapide, la langue du poête est agile, les os s’allongent et deviennent robustes. Passèrent les mois et les années, le garçon grandit. Il atteignit ses quinze ans.
Un jour, le père du garçon alla au quartier général de Khan Bayindir. Khan Bayindir avait un taureau et un chameau. Quand ce taureau frappait un rocher de ses cornes, il le réduisait en poudre. On faisait lutter le taureau et le chameau une fois en été et une fois en automne. Khan Bayindir allait voir cette lutte avec ses nombreux Beys Oguz et s’amusait.
Une fois encore l’été arriva, on sortit le taureau du sérail, on le tint avec des chaînes, trois braves à sa droite, trois braves à sa gauche. On l’amena au milieu de la place et on le lâcha.
Sur la place, le fils de Khan Dirsè et trois autres garçons du sérail jouaient aux osselets. On libéra le taureau et on cria aux enfants “sauvez-vous” !
Les trois enfants se sauvèrent mais le fils de Khan Dirsè ne se sauva pas. Il resta planté au centre de la place en regardant le taureau. Le taureau se rua sur lui et voulut le tuer.
Le garçon frappa fort de son poing sur le front du taureau. Le taureau recula puis se relanca sur le garçon.
Le garçon frappa à nouveau fortement sur le front du taureau. Cette fois, il maintint son poing au front et repoussa le taureau jusqu’au bout de la place.
Garçon et Taureau s’affrontèrent un moment. Les Khan Bayindir regardèrent avec plaisir. Les deux épaules du taureau se couvrirent de sueur, ni l’un ni l’autre ne l’emporta.
Le garçon se dit : on met une poutre sous le toit d’une étable pour qu’elle lui soit un support ! Si on retire le support, l’étable s’écroule ! Pourquoi est-ce que je sers de support à ce taureau ?
Il retira son poing du front du taureau, se dégagea de côté. Le taureau ne put rester sur ses jambes et tomba sur la tête. Le garçon dégaina son couteau et coupa la tête du taureau.
Alors les Beys Oguz vinrent et entourèrent le garçon en disant “bravo” !
Que Dèdè (5) Korkut vienne et qu’il donne un nom à ce garçon. Qu’il aille avec lui chez son père et qu’il demande pour lui un fief dirent-ils.
A cette époque on ne donnait pas de nom à un garçon avant qu’il ait coupé une tête et versé du sang.
Ils appelèrent donc Dèdè Korkut (6). Celui-çi arriva et partit avec le garçon chez son père.
Dèdè Korkut parla au père du garçon !
Retour
Voyons ce qu’il dit :
Oh ! Khan Dirsè, donne un fief à ce garçon. Donne lui un trône, il est vertueux.
Donne un grand cheval bédévi à ce garçon pour qu’il lui serve de monture, il est habile.
Donne dix mille moutons de ton enclos, à ce garçon, pour qu’ils lui soient brochettes, il est vertueux.
Donne lui un chameau rouge de ton enclos, pour qu’il lui soit son porteur, il est habile.
Donne une grande maison au toit d’or, à ce garcon, pour qu’elle lui soit ombre, il est vertueux.
Donne lui une pélerine, les épaules ornées de motifs d’oiseaux ainsi que des vêtements pour qu’ils lui soient habits, il est habile.
Il s’est battu sur la place blanche de Khan Bayindir.(7) Ton fils a tué un taureau, que son nom soit Bogaç. Je lui ai donné son nom, que Dieu lui donne son âge.
Khan Dirsè donna un fief et un trône au garçon. Le garçon monta sur le trône mais il ne chérit plus les quarante braves de son père.
Ces quarante braves le jalousèrent. Ils se dirent :
– Depuis que ce garçon est né, Khan Dirsè ne nous regarde pas. Venez que nous allions dire du mal de lui à son père. Peut-être le tuera-t-il ! Alors notre valeur et son amour remonteront ?
Vingt de ces quarantes braves allèrent d’un côté et vingt de l’autre.
Les vingt premiers arrivèrent chez Khan Dirsè et lui dirent :
– Vois-tu Khan Dirsè, ce qui s’est passé ! Que Dieu punisse ton fils ingrat et néfaste. Avec ses quarante braves il est allé vers les nombreux Oguz. Il à enlevé les belles filles qu’il a vu. Il a lancé des injures à la bouche des anciens aux barbes blanches. Il a tari le lait des femmes aux cheveux blancs et il a arraché leurs cheveux.
Les eaux qui coulent et les montagnes rouges qui s’allongent font passer les nouvelles et ces nouvelles iront jusqu’au Khan des Khan, Khan Bayindir^ . “Le fils de Khan Dirsè nous a posé beaucoup de problèmes” dira-t-on ! Il vaut mieux pour toi mourir que vivre ! Khan Bayindir se fâchera beaucoup et t’appellera.
A quoi te servira un tel fils ! Au lieu d’en avoir un pareil, il vaut mieux ne pas en avoir ! Tue-le !
Khan Dirsè dit alors :
– Amenez le que je le tue, un tel fils ne m’est pas utile.
Comme il disait cela, les vingt autres lâches arrivèrent. Ils le calomnièrent :
“Lève-toi Khan Dirsè ! Ton fils s’est levé, il est parti en chasse dans les montagnes. Il t’a désobéi en chassant, il a fait la chasse aux oiseaux. Il est parti en emmenant sa mère avec lui et il a bu du vin fort. Il a discuté avec sa mère et il a projeté de te tuer. Ton fils est un ingrat, il est néfaste.
La montagnes rouges qui sont allongées là-bas transmettront les nouvelles qui iront jusqu’au Khan des Khan, Khan Bayindir. Il dira “le fils de Khan Dirsè nous a créé beaucoup de problèmes.” On t’appellera et devant tout le monde on se fâchera.
A quoi te servira un tel fils ? Tue-le !
Khan Dirsè dit alors :
– Amenez le que je le tue, un tel fils ne m’est pas utile.
Les hommes de Khan Dirsè dirent :
Comment veux-tu qu’on emmène ton fils ? Il ne nous écoutera pas, il n’entendra pas nos paroles. Lève-toi ! Appelle tes braves, prends les avec toi, va à la chasse et pendant la chasse, essaye de tuer ton fils avec ta flèche. Si tu n’arrives pas à le tuer comme çà, tu ne pourras plus autrement, sache-le !
Retour
“ Quand les vents d’aurore commencent à siffler,
“ Quand la grise alouette barbue commence à chanter,
“ Quand les chevaux bédévi (8) hennissent en voyant leurs maîtres,
“ Quand l’étranger à la barbe longue commence à crier,
“ Au moment où l’on distingue le jour de la nuit,
“ Quand le jour se lève sur les belles montagnes,
“ Au moment où les Braves et les héros s ‘assemblent.
Tôt le matin, Khan Dirsè se leva, il prit son fils avec lui, il rassembla ses quarante braves et partit à la chasse.
Il chassèrent des oiseaux. Quelques-uns des quarante braves vinrent auprès du garçon et lui dirent :
“Ton père à dit : Qu’il poursuive les cerfs et les ramène devant moi pour que je puisse voir comment il monte à cheval, combien il est habile à l’épée, comment il lance la flèche, afin que je me réjouisse, que je soit fier de lui et que j’aie confiance en lui.”
Comment voulez-vous que le garçon sache de quoi il s’agissait !
Il les crut sur parole. Il poursuivit donc les cerfs et les tua devant son père en se disant : “que mon père voie comment je monte à cheval afin qu’il soit fier de moi; qu’il voie comment je lance la flèche et qu’il ait confiance en moi; qu’il voie combien je suis habile à l’épée et qu’il s’en réjouisse.”
Quelques-uns de ces quarante calomniateurs dirent à Khan Dirsè :
“Khan Dirsè vois-tu le garçon ? Il pousse les cerfs vers toi. En lançant sa flèche vers les cerfs, il te tuera. Tue-le avant qu’il ne te tue, vas-y !”
En chassant les cerfs, le garçon se trouva un moment devant son père. Khan Dirsè prit son arc dur, à tendon de loup, il se leva sur sa monture, tira, la flèche toucha le garçon entre les deux épaules et le fit tomber. Son sang rouge s’écoula avec abondance, sa poitrine en était remplie. Il s’accrocha au cou de son cheval bédévi puis tomba à terre.
Khan Dirsè voulut se jeter sur son fils. Les quarante lâches ne le laissèrent pas faire. Il fit tourner alors bride à son cheval et prit la route de son quartier général.
La femme de Khan Dirsè, se disant “ c’est la première chasse de mon fils”, fit abattre des étalons, des chameaux, des béliers, pour donner un grand festin aux nombreux Beys Oguz.
Elle se leva alors, et, accompagnée de quarante filles aux tailles fines, elle alla à la rencontre de Khan Dirsè. Lorsqu’il fut près d’elle, elle leva la tête et regarda son visage. Elle jeta un coup d’oeil à droite puis à gauche et ne vit pas son fils. Sa poitrine trembla et son coeur défaillit. Ses yeux noirs et bridés se remplirent de larmes et de sang. Elle appela Khan Dirsè et se mit à parler !
Retour
Voyons ce qu’elle dit :
Viens ici,
mon destin, trône de ma maison,
gendre de mon père Khan
amour de ma mère,
toi à qui mon père et ma mère m’ont donné,
toi que j’ai aperçu en ouvrant les yeux,
à qui j’ai donné mon coeur et que j’ai aimé,
Oh ! Khan Dirsè !
Tu t’es levé avec ton fils,
en bondissant tu as enfourché ton cheval bédévi
Tu es parti pour la chasse sur les belles et grandes montagnes,
Tu es parti deux, tu reviens un, où est mon enfant ?
Où est le fils que j’ai trouvé dans la nuit noire ?
O Khan Dirsè !
Que mon oeil sorte de la tête, il tremble beaucoup.
Que la veine de lait que mon enfant têtait soit coupée, elle se lamente beaucoup.
Que ma peau blanche se gonfle sans que le serpent jaune la morde.
Car mon fils n’apparaît pas, mon coeur se consume.
J’ai libéré l’eau des rivières asséchées.
J’ai donné des vêtements noirs aux Derviches.
Quand j’ai vu un affamé, je l’ai rassasié.
Quand j’ai vu un homme nu, je l’ai habillé.
J’ai fait amonceler de la viande, j’ai fait couler du kimiz comme un lac.
Grâce à un voeu, difficilement, j’ai trouvé un fils.
O Khan Dirsè ! dis-moi des nouvelles du fils unique !
Dis-moi si tu as abandonné le fils unique dans la montagne bariolée !
Dis-moi si tu as laissé le fils unique aux eaux agitées et qui coulent sans arrêt !
Dis-moi si tu as fait manger le fils unique par les lions et les tigres !
Dis-moi si tu as laissé enlever le fils unique par les infidèles en habits noirs !
Que j’aille chez mon père Khan !
Que je prenne beaucoup de trésors et beaucoup de soldats !
Que j’aille sus aux infidèles exaltés !
Avant d’être blessée et descendue de mon cheval !
Avant d’avoir essuyé mon sang rouge avec la manche de mon vêtement !
Avant d’être tombée sur la terre bras et jambes !
Que je ne sorte pas de sa route !
Dis-moi les nouvelles du fils unique, ô Khan Dirsè !
Que ma tête au noir destin soit sacrifiée aujourd’hui pour toi !
Disant çà, elle pleura et se lamenta. Khan Dirsè ne répondit pas à sa femme. Les quarante lâches de Khan Dirsè vinrent en face d’elle et lui dirent : “Le garçon est sain et sauf, il est toujours à la chasse et va arriver d’un moment à l’autre. N’aie pas peur, ne soit pas inquiète, le Bey est ivre, il ne peut pas te répondre.
La femme de Khan Dirsè fit demi-tour et rentra chez elle. Ne pouvant plus attendre, elle prit les quarante filles aux tailles fines pour l’accompagner. Elle monta son cheval bédévi et partit à la recherche de son fils.
Elle arriva à la montagne Kazilik, sur laquelle, été comme hiver, la glace ne fond pas. Elle grimpa dans la montagne, elle redescendit dans la vallée.
Elle regarda et vit des corbeaux et des freux au dessus d’une vallée. Ils montaient et descendaient, se posaient par terre puis volaient.
Elle talonna son cheval et s’en fut vers là-bas.
C’est à cet endroit que le garçon s’était écroulé. Les corbeaux et les freux voulaient se poser sur lui en voyant le sang. Les deux chiens du garçon les chassaient et ne les laissaient pas se poser.
Lorsque le garçon s’était écroulé, Hizir Ilyas en habits verts s’était montré. Il caressa la blessure par trois fois avec sa main disant :
“O garçon ! n’aie pas peur, tu ne mourras pas de cette blessure. La fleur de la montagne et le lait de ta mère sont le remède à ta blessure”.
Puis il disparut.
La mère du garçon arriva en courant. Elle regarda et vit son fils allongé et couvert de sang.
Elle cria et dit à son fils :
Retour
Voyons ce qu’elle dit :
Tes yeux noirs et bridés sont ensommeillés, ouvre-les donc
Dix de tes côtes sont brisées, rassemble-les donc
L’âme chère que Dieu t’as donné est en voyage,
fais la donc revenir
Si ton âme est dans ton corps, fais-le moi savoir, ô fils !
Que ma tête au noir destin soit sacrifiée pour toi, ô fils !
Elle continua
Coulent tes eaux, ô montagne Kazilik
Qu’elles ne coulent plus !
Poussent tes herbes, ô montagne Kazilik
Quelles ne poussent plus !
Courent tes cerfs, ô montagne Kazilik
Qu’ils ne courent plus et qu’ils deviennent pierre !
Comment puis-je savoir, mon fils
si c’est à cause d’un lion ou d’un tigre ?
Comment puis-je savoir, mon fils
d’où te sont venues ces blessures ?
Si ton âme est dans ton corps, dis le-moi.
Que ma tête au noir destin soit sacrifiée pour toi, ô fils
Au moment où elle disait çà, son fils l’entendit, il leva la tête, il ouvrit les yeux et regarda sa mère.
Il parla !
Voyons ce qu’il dit :
Viens ici,
La mère dont j’ai têté le lait blanc
ma chère mère, mon âme aux cheveux blancs
ne maudit pas les eaux qui coulent
les eaux de la montagne de Kazilik sont innocentes
ne maudit pas ses herbes qui poussent
la montagne Kazilik n’est pas coupable
Ne maudit pas ses cerfs qui courent
les cerfs de la montagne Kazilik ne sont pas coupables
Ne maudit pas ses lions et ses tigres
la montagne Kazilik n’est pas coupable
Si tu veux maudire, maudis mon père
Cette faute est à lui !
Retour
Il poursuivit :
Ne pleure pas mère !
Dans cette blessure, il n’y a pas la mort pour moi !
N’aie pas peur, Hizir Ilyas au cheval gris est apparu. Il a caressé trois fois ma blessure et m’a dit : “tu ne mourras pas de cette blessure, les fleurs de la montagne et le lait de ta mère te seront un remède”.
Alors les quarantes filles à la taille fine se dispersèrent et cueillirent des fleurs dans la montagne. La mère du garçon pressa sa mamelle une première fois mais le lait ne sortit pas. Elle pressa une seconde fois, encore rien. A la troisième fois, elle se frappa la poitrine et cette fois, le lait gicla mélangé au sang.
Elles mirent le lait et les fleurs sur la blessure de l’enfant, elle le firent monter sur le cheval et l’emmenèrent à la maison. Elles laissèrent le garçon aux mains des médecins et le cachèrent de Khan Dirsè.
Le pied du cheval est rapide,la langue du poète est agile !
En quarante jours, la blessure du garçon fut guérie, il retrouva entièrement sa santé.
Les quarante lâches apprirent la nouvelle. Ils se dirent : “Que peut-on faire ? Si Khan Dirsè voit son fils, il ne nous laissera pas vivant, il nous passera tous au fil de l’épée. Allons capturer Khan Dirsè, attachons ses blanches mains dans le dos, passons la corde en poil à son cou et menons le au pays des infidèles.”
Ils capturèrent Khan Dirsè pendant qu’il était ivre. Ils lui attachèrent ses mains blanches dans le dos, lui passèrent la corde de poil au cou et le battirent jusqu’au sang. Khan Dirsè à pied, les autres à cheval, ils prirent la route du pays des infidèles en le frappant.
Khan Dirsè est donc prisonnier en marche vers le pays des infidèles.
Les Beys Oguz ne savent pas que Khan Dirsè est prisonnier, mais sa femme l’avait su.
Elle parla à son fils !
Mais voyons ce qu’elle dit :
Vois-tu ô fils, ce qui s’est passé ?
Les roches escarpées n’ont pas bougé
la terre a tremblé
Il n’y a pas d’ennemis dans la contrée
les ennemis se sont jetés sur ton père
Les quarante lâches, les hommes de ton père, l’ont capturé
Ils ont attaché ses blanches mains dans le dos
Ils lui ont passé la corde de poil de chèvre au cou
Eux à cheval, lui à pied, ils l’ont emmené au pays des infidèles.
O fils, lève-toi, prend tes quarante braves avec toi, sauve ton père de ces quarante lâches !
Va fils ! Ton père n’a pas eu pitié de toi, mais toi, aie pitié de moi !
Le garçon ne froissa pas sa mère. Bey Bogaç se leva, il s’arma de son épée en acier noir, il prit son arc dur tendu de boyaux blancs, il mit sa lance en or sous le bras, il fit apporter son cheval bédévi et le monta. Avec ses quarante braves, il courut au secours de son père.
Les quarante lâches s’étaient donné un moment de repos. Ils buvaient du vin rouge fort.
Khan Bogaç les rattrapa.
Les quarante lâches le virent mais ne le reconnurent pas. Ils se dirent “Allons capturer ce brave et emmenons le au pays des infidèles avec Khan Dirsè puis tuons-les.”
Khan Dirsè les entendit et dit : “O mes quarante compagnons ! de grâce, il n’y a pas de doute que Dieu est unique. Détachez mes mains et donnez-moi ma massue que j’aille tuer ce brave. Après, si vous désirez, tuez-moi ou laissez-moi vivant et libérez-moi.”
Il détachèrent Khan Dirsè et lui donnèrent sa massue. Khan Dirsè ne savait pas que c’était son fils qui venait en face de lui. Il parla !
Retour
Voyons ce qu’il dit :
Si les grands chevaux bédévi qu’on emporte sont à moi, dis-moi si tu possèdes une monture aux parmi eux !
Sans faire la guerre, sans me battre, je la reprend.
Rentre chez toi !
Si dix mille moutons qu’on emporte sont à moi, dis-moi si tu as des moutons à brochettes parmi eux !
Sans faire la guerre, sans me battre, je les reprend. Rentre chez toi !
Si les chameaux rouges qu’on emporte de l’enclos sont à moi, dis-moi si tu as un porteur parmi eux !
Sans faire la guerre, sans me battre, je le reprend.
Rentre chez toi !
Si les grandes maisons aux toits d’or qu’on emporte sont à moi, dis-moi si tu as une chambre dans ces maisons !
Sans faire la guerre, sans me battre, je la reprend.
Rentre chez toi !
Si les brus aux visages blancs et aux yeux azurés qu’on emporte sont à moi,
dis-moi, brave, si tu as une fiancée parmi elles !
Sans faire la guerre, sans me battre, je la reprend.
Rentre chez toi !
Si les vieux aux barbes blanches qu’on emporte sont à moi,
dis-moi, brave, si tu as un père à la barbe blanche parmi eux !
Sans faire la guerre, sans me battre, je le reprend.
Rentre chez toi !
Si tu es venu pour moi, j’ai tué mon fils,
Si péché il y a, il est à moi. Rentre chez toi !
Alors le fils parla à son père.
Voyons ce qu’il dit :
Si les grands chevaux bédévi qu’on emporte sont à toi, moi aussi j’ai une monture parmi eux.
Je ne la laisserai pas aux quarante lâches !
Si les chameaux rouges qu’on emporte de l’enclos sont à toi, moi aussi j’ai un porteur parmi eux.
Je ne le laisserai pas aux quarante lâches !
Si les dix mille moutons qu’on emporte de l’enclos sont à toi, moi aussi j’ai des moutons pour les brochettes parmi eux.
Je ne le laisserai pas aux quarante lâches !
Si les brus aux visages blancs et aux yeux azurés qu’on emporte sont à toi, moi aussi j’ai une fiancée parmi elles.
Je ne la laisserai pas aux quarante lâches !
Si les grandes maisons aux toits d’or qu’on emporte sont à toi, moi aussi j’ai une chambre dans ces maisons.
Je ne la laisserai pas aux quarante lâches !
Si les vieux aux barbes blanches qu’on emporte sont à toi, moi aussi j’ai un vieux père qui est étranger parmi eux.
Je ne le laisserai pas aux quarante lâches !
Disant cela, il fit signe de la main. Ses quarante braves talonnèrent leurs chevaux bédévi et ils s’assemblèrent autour de Khan Bogaç.
Le garçon talonna son cheval et, avec ses quarante braves, il entra dans la bataille. Il coupa la tête des uns, il fit prisonnier les autres et sauva son père.
Khan Dirsè comprit alors que son fils était vivant. Le père et le fils s’embrassèrent, ils se parlèrent puis rentrèrent chez eux.
Le fille du Khan s’en alla à leur rencontre. Elle les vit côte à côte et rendit grâce à Dieu. Elle fit des sacrifices, rassasia les affamés, donna aux pauvres et embrassa son fils.
Le Khan des Khan, Khan Bayindir donna un fief et un trône au garçon.
Dèdè Korkut est arrivé au clan.
Il chanta alors ces vers d’Oguz :
Retour
Il dit :
Même eux sont venus et repartis de ce monde,
ils sont venus et repartis comme une caravane.
La mort les a pris, la terre les a cachés.
A qui ce monde éphémère est-il resté ?
O ! Monde mortel ! donne un passage à l’ange noir de la mort quand il arrive !
Que Dieu élargisse ton territoire pour la santé du clan
Que ce grand Dieu que je loue soit ton ami et qu’il t’aide !
Prions ô Khan !
Que tes montagnes ne s’écroulent pas !
Que ton arbre plein d’ombrage ne soit pas abattu !
Que ta belle source d’eau ne tarisse jamais !
Que ton cheval blanc et gris ne bronche jamais quand tu frappes avec ton épée,
qu’elle ne soit jamais ébréchée !
Que dans le tumulte des batailles ta lance bariolée ne soit pas brisée !
Que le séjour de ta mère aux cheveux blancs soit paradis !
Que le séjour de ton père à la barbe blanche soit paradis !
Que ton feu (9) allumé par Dieu soit toujours allumé !
Que Dieu, dans sa grandeur, ne te laisse pas à la merci des lâches ! O Khan !

(1) Bogaç signifie Taurin, Boga (ou Buga en ancien turc) signifie Taureau, Bogaz signifie Gorge.
(2) Oguz (courageux) est le Nom d’une branche clanique
(3) Boisson alcoolisée qu’on obtient avec du lait de jument.
(4) Iç Oguz : clans attachés au Khan des Khan. Diç Oguz : clans un peu éloignés.
(5) Dèdè désigne le Grand père ou le grand savant. C’est aussi un Héros de contes.
(6) Vient sans doute de KORMAK = avoir peur.
(7) Bayindir = qui fait évanouir.
(8) Chevaux arabes : Bédouins.
(9) Capacité génitrice et créative figurée par le feu qui fait cuire les aliments.